À l’est de Bali, la route semble soudain ralentir. Les scooters sont moins nombreux, les rizières laissent place aux collines sèches, et l’horizon s’ouvre sur une mer d’un bleu presque insolent. Bienvenue à Candidasa, petite station côtière de la régence de Karangasem, encore discrète malgré ses paysages remarquables.
On ne vient pas forcément à Candidasa pour cocher une longue liste de sites incontournables. On y vient pour respirer, observer les pêcheurs rentrer au port, explorer des palais oubliés et s’offrir quelques escapades vers les îles voisines. Ici, Bali se découvre avec davantage de lenteur, entre temples, jardins aquatiques, fonds marins et villages où la vie semble suivre son propre rythme.
Alors, que voir et que faire à Candidasa ? Voici un itinéraire doux et curieux pour découvrir ce joyau méconnu sans courir d’un point à l’autre.
Prendre le temps de découvrir Candidasa
Candidasa se trouve sur la côte est de Bali, à environ une heure et demie de route d’Ubud, selon la circulation, et à deux heures de l’aéroport international Ngurah Rai. La ville s’étire le long de la route principale qui longe la mer. Elle ne possède pas le charme spectaculaire d’un village entièrement préservé, mais elle offre une atmosphère paisible, presque contemplative.
Le front de mer est ponctué de petits restaurants, d’hébergements à taille humaine et de temples. On y croise des voyageurs venus plonger, des familles balinaises en visite et des habitants occupés à préparer les cérémonies quotidiennes. Le matin, la lumière est particulièrement belle : la mer se teinte d’argent, tandis que les silhouettes des pêcheurs se découpent sur l’horizon.
Une promenade tranquille permet déjà de saisir l’esprit du lieu. À Candidasa, il faut accepter de ne pas être constamment émerveillé par un monument spectaculaire. L’intérêt se niche plutôt dans les détails : une offrande déposée devant une boutique, une barque colorée tirée sur le sable, le parfum des frangipaniers au détour d’une ruelle.
Admirer le lotus au temple de Candidasa
Le temple le plus connu de la ville est le Pura Candidasa, également appelé Pura Candi Dasa. Il se trouve près d’un bassin couvert de lotus, au bord de la route principale. Son nom est souvent associé à la légende de la déesse Hariti, protectrice des enfants, dont une statue veille sur le site.
Le bassin est modeste, mais il apporte une vraie sensation de fraîcheur dans cette partie plutôt sèche de l’île. Lorsque les lotus sont en fleurs, leurs corolles roses se reflètent dans l’eau, entre les sculptures de pierre et les petits autels. Le décor invite à ralentir, ne serait-ce que quelques minutes.
Comme dans tous les temples balinais, une tenue respectueuse est nécessaire. Les épaules et les genoux doivent être couverts, et le sarong est généralement requis pour entrer dans l’enceinte sacrée. Même si vous venez principalement pour les photos, gardez à l’esprit qu’un temple est avant tout un lieu vivant de pratique religieuse. Les cérémonies ne sont pas un spectacle : mieux vaut observer discrètement et demander avant de photographier les fidèles.
Explorer le palais aquatique de Taman Ujung
À une vingtaine de kilomètres de Candidasa se trouve l’un des sites les plus poétiques de l’est de Bali : le palais aquatique de Taman Ujung. Construit au début du XXe siècle par le dernier roi de Karangasem, ce vaste ensemble mêle architecture balinaise, influences européennes et bassins d’eau entourés de jardins.
Le palais a été lourdement endommagé par l’éruption du mont Agung en 1963, puis par plusieurs séismes. Pourtant, ses pavillons, ses passerelles et ses escaliers ont conservé une élégance mélancolique. On avance au-dessus de l’eau, entre les colonnes et les bassins, avec l’impression de pénétrer dans un décor de film où personne n’aurait encore crié « action ».
Le point de vue depuis les hauteurs est particulièrement beau. En montant les escaliers qui dominent le complexe, on embrasse les jardins, la côte et les collines environnantes. Par temps clair, la mer semble se prolonger jusqu’à l’horizon sans rencontrer le moindre obstacle.
Prévoyez au moins une heure et demie pour visiter Taman Ujung. Venez tôt le matin ou en fin d’après-midi pour éviter la chaleur. Le site est assez étendu et les zones ombragées ne sont pas partout nombreuses : chapeau, eau et crème solaire seront de précieux compagnons.
Remonter le temps à Tirta Gangga
À quelques kilomètres de là, Tirta Gangga est un autre ancien palais royal transformé en jardin aquatique. Son nom signifie « eau du Gange », en référence à la dimension sacrée de ses sources. Le lieu est construit autour de bassins, de fontaines et de sculptures de pierre représentant notamment des figures mythologiques.
Des carpes koï glissent sous les passerelles, parfois si nombreuses qu’elles semblent former un tapis vivant. Il est possible d’acheter de la nourriture à l’entrée, mais attention : les poissons balinais ont l’appétit enthousiaste et l’élégance d’un petit troupeau en vacances.
Le bassin principal est traversé par des dalles qui permettent de marcher au-dessus de l’eau. L’ensemble est très photogénique, mais il serait dommage de ne le réduire qu’à une succession de clichés. Tirta Gangga est aussi un lieu de promenade et de fraîcheur, où l’on peut prendre le temps d’écouter le ruissellement des fontaines.
La visite se combine facilement avec Taman Ujung et le village de Tenganan. Pour profiter d’une atmosphère plus calme, arrivez dès l’ouverture. En milieu de journée, le site peut être très fréquenté, notamment par les excursions à la journée venues d’Ubud ou de la côte sud.
Découvrir le village traditionnel de Tenganan
À une quinzaine de minutes de Candidasa, le village de Tenganan offre un aperçu d’une culture balinaise singulière. Il est habité par les Bali Aga, considérés comme les descendants des populations balinaises antérieures à l’arrivée de l’hindouisme javanais dans l’île.
Le village possède une organisation particulière, avec de longues maisons alignées autour d’espaces communs. Les habitants y perpétuent des traditions, des cérémonies et un artisanat spécifique. Tenganan est notamment réputé pour le geringsing, un textile réalisé selon la technique du double ikat, particulièrement longue et minutieuse.
Les motifs sont tissés avec une grande précision et peuvent demander plusieurs années de travail. Les pièces anciennes sont précieuses, tandis que les créations plus accessibles permettent de repartir avec un souvenir véritablement lié au lieu. Prenez le temps d’échanger avec les artisans, sans négocier mécaniquement chaque prix : derrière un tissu, il y a souvent des heures de patience et un savoir-faire transmis sur plusieurs générations.
La visite de Tenganan s’effectue généralement avec un guide local ou selon un système de contribution à l’entrée. Le village reste habité : il convient donc de respecter les espaces privés et de demander l’autorisation avant de photographier les habitants.
Plonger et faire du snorkeling autour de Candidasa
La côte est de Bali est réputée pour ses fonds marins. Depuis Candidasa, plusieurs sorties permettent de rejoindre des sites de plongée ou de snorkeling autour de Padangbai, de l’île de Tepekong, de Biaha ou encore des îles voisines de Gili Mimpang.
Les conditions varient selon les marées, la saison et les courants. Certains spots sont réservés aux plongeurs expérimentés, car les courants peuvent être puissants. Pour une découverte plus tranquille, les opérateurs locaux proposent des sorties adaptées aux débutants, avec équipement fourni et accompagnement.
Sous l’eau, le décor change complètement. Les fonds volcaniques abritent des poissons tropicaux, des bancs colorés, des gorgones et parfois des tortues. La visibilité n’est pas garantie chaque jour, mais lorsque la mer est calme, l’expérience est remarquable. Il suffit de quelques mètres de profondeur pour avoir le sentiment d’entrer dans un autre monde.
Choisissez un centre sérieux, vérifiez l’état du matériel et ne touchez ni les coraux ni les animaux. Une bonne sortie en mer se reconnaît aussi à la façon dont l’opérateur respecte l’environnement. Les récifs n’ont pas besoin d’un souvenir rapporté dans une poche, même minuscule.
Partir à la rencontre des îles Gili de la côte est
Depuis Candidasa ou Padangbai, il est possible de rejoindre plusieurs petites îles de la côte est. Les plus connues sont Gili Mimpang et Gili Tepekong, appréciées pour la plongée et le snorkeling. Elles ne doivent pas être confondues avec les célèbres îles Gili situées au large de Lombok, beaucoup plus éloignées et plus fréquentées.
Ces îlots rocheux offrent une sensation d’évasion immédiate. La traversée en bateau traditionnel est déjà une aventure en soi : le moteur ronronne, les embruns salent les lèvres et Bali s’éloigne peu à peu derrière vous. Une fois sur place, l’eau transparente invite à la baignade, lorsque les conditions le permettent.
La mer peut toutefois être agitée. Si vous êtes sujet au mal des transports, prévoyez un médicament adapté et évitez de partir le ventre vide. Les excursions dépendent de la météo ; une journée sans bateau n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, mais plutôt l’occasion d’explorer l’arrière-pays.
Visiter le temple de Goa Lawah
En direction de l’ouest, le temple de Goa Lawah se trouve à environ trente minutes de Candidasa. Son nom signifie « grotte des chauves-souris », et vous comprendrez rapidement pourquoi en approchant de l’entrée : une multitude de chiroptères vivent dans la cavité située derrière le temple.
Le site compte parmi les temples importants de Bali. Selon la tradition, la grotte serait reliée par un passage souterrain au mont Agung, voire au temple de Besakih. Cette croyance participe à l’atmosphère mystérieuse du lieu, même si personne ne vous proposera sérieusement de ramper sous la montagne avec un sac à dos.
Les chants, les offrandes et l’odeur de l’encens donnent au temple une présence particulière. Là encore, prévoyez un sarong et adoptez une attitude discrète. Les chauves-souris, elles, ne semblent pas particulièrement impressionnées par les visiteurs et poursuivent leur vie suspendue, tête en bas, avec une indifférence admirable.
Goûter aux spécialités de l’est balinais
Candidasa est une bonne base pour découvrir une cuisine balinaise moins formatée par les restaurants touristiques. Installez-vous dans un warung, commandez un nasi campur et laissez-vous surprendre par les accompagnements du jour : légumes épicés, tempeh, poulet, œuf assaisonné et sambal plus ou moins téméraire.
Les amateurs de poisson trouveront également leur bonheur dans les petits restaurants du bord de mer. Demandez ce qui a été pêché localement et privilégiez les établissements fréquentés par les habitants. Un poisson grillé, du riz parfumé, quelques légumes et une sauce relevée peuvent suffire à composer un dîner mémorable.
Pour le petit déjeuner, goûtez le bubur injin, un riz noir gluant servi avec du lait de coco, ou les fameux pancakes balinais lorsqu’ils sont proposés. Et si le sambal vous fait monter les larmes aux yeux, dites-vous qu’il s’agit d’une manière très locale de se rapprocher de ses émotions.
Quand partir à Candidasa ?
La saison sèche, généralement de mai à octobre, offre les conditions les plus favorables pour les excursions, la randonnée et les activités nautiques. Les mois de juillet et août sont aussi les plus fréquentés, même si Candidasa reste plus calme que Seminyak, Kuta ou Ubud.
La saison des pluies, de novembre à mars, peut apporter des averses intenses mais souvent brèves. Les paysages sont alors plus verts et les prix parfois plus doux. La mer peut cependant être moins prévisible et certaines sorties en bateau sont annulées.
Les mois de mai, juin, septembre et octobre constituent souvent un bon compromis : climat agréable, fréquentation raisonnable et lumière magnifique en fin de journée.
Conseils pratiques pour organiser votre séjour
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Prévoyez au moins deux ou trois nuits à Candidasa pour explorer la côte et l’arrière-pays sans transformer chaque journée en course contre la montre.
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Louez un scooter uniquement si vous êtes à l’aise avec la conduite à gauche et la circulation balinaise. Pour les longues excursions, un chauffeur privé est plus confortable et permet de mieux profiter des paysages.
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Emportez de la monnaie en espèces, surtout pour les temples, les petits warungs et les artisans.
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Protégez-vous du soleil : la brise marine peut donner l’illusion d’une chaleur douce, mais les rayons, eux, ne plaisantent pas.
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Respectez les règles des temples et les coutumes locales : tenue couvrante, comportement discret et autorisation avant les photographies.
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Pour les activités nautiques, vérifiez la météo et les conditions de mer le jour même.
Candidasa ne cherche pas à séduire à grand renfort de décors artificiels. Elle avance plus doucement, avec ses palais marqués par le temps, ses jardins aquatiques, ses villages attachés à leurs traditions et ses fonds marins lumineux. Quelques jours suffisent pour comprendre que l’est de Bali n’est pas une simple étape entre deux destinations : c’est un territoire à part, plus silencieux, plus brut, où l’on apprend à regarder autrement.
Et parfois, le plus beau souvenir reste une fin d’après-midi sans programme : un verre posé face à la mer, le ciel qui rosit au-dessus des volcans et cette impression délicieuse d’avoir enfin laissé le voyage prendre son temps.

